Al-Raml
Le sable, les seize, le Juge
Chaque aube, un seul tableau est dressé pour tous, et une seule question lui est posée. Voici ce qu'est ce tableau, d'où il vient, et comment un lecteur y prend son tour.
Ce que c'est
La géomancie arabe, ʿilm al-raml, est une divination par figures tracées dans le sable. On frappe seize lignes de points sans les compter ; chaque ligne est lue paire ou impaire et devient un point simple ou double, et quatre de ces rangs empilés font une figure. Les quatre premières sont les Mères. Tout le reste en découle par des règles fixes : les Filles depuis les rangs des Mères, les Nièces par appariement, puis les deux Témoins, et des Témoins le Juge.
Luxarion frappe un tableau par jour, à l'aube, et c'est le même pour tous les lecteurs. Une des vingt-quatre questions se tient au-dessus, et le Juge est la figure qui y répond. Vous lisez le Juge avant qu'on ne vous dise son nom, vous lui donnez le mot que vous lui donneriez, et à l'heure du dévoilement le jugement du praticien s'ouvre à côté du vôtre. Vous pouvez aussi frapper vos seize lignes, pour votre propre question : ce tableau-là n'appartient qu'à vous.
D'où cela vient
Le plus ancien objet daté qui porte le système entier est un instrument de laiton fabriqué à Mossoul en 639 de l'hégire, 1241-1242, signé Muḥammad ibn Khudukh al-Mawṣilī et conservé au British Museum. Ses cadrans nomment les seize figures et les seize maisons — dont les quatre que l'astrologie ne connaît pas : la maison du Consultant, celle de la Chose demandée, celle du Résultat, et celle du Résultat du Résultat. Emilie Savage-Smith et Marion B. Smith ont lu cet objet avec une trentaine de manuscrits d'Oxford, Londres, Paris et Princeton.
La règle qui gouverne le tableau se démontrait en arabe dès le treizième siècle : la figure qui tombe en quinzième maison est toujours une figure paire, et Ibn Maḥfūf en donne l'argument dans un manuscrit de la Bodléienne. Ibn Khaldūn décrit les seize maisons dans la Muqaddima puis récuse l'art lui-même ; on a continué de l'écrire et de l'enseigner six siècles après lui. Le manuel que la tradition cite le plus est attribué à al-Zanātī, mort avant 1230, mais les éditions imprimées sous son nom n'ont jamais été établies comme siennes.
Le français n'est pas une branche latérale de cette histoire, il en est un tronc. Le témoin anglais de référence de la géomancie renaissante, le livre de Christopher Cattan imprimé à Londres en 1591, est traduit du français ; Henri de Pisis publie son Opus geomantiae completum à Lyon en 1638. Le vocabulaire du tableau est resté français : quatre Mères, quatre Filles, quatre Nièces, deux Témoins, le Juge, et une seizième maison facultative appelée Subjudex ou la Sentence, qu'on ne dessine habituellement pas.
Deux honnêtetés sur la table de cette page. Les natures, éléments et planètes sont ceux d'Agrippa : nous n'avons trouvé aucune source française, ancienne ou moderne, qui attribue une autre planète à une figure, et les tables françaises contemporaines qu'on lit en ligne ne s'accordent avec aucun schéma historique. Et Agrippa ne porte aucun verdict sur Via ni sur Populus : ces deux cases restent vides plutôt que remplies par nous.
Lu pour cette page
- Henry Cornelius Agrippa (attr.), Of Geomancy, traduit par Robert Turner, Londres 1655 — les planètes, les triplicités et les verdicts que suit cette page.
- Christopher Cattan, La Géomancie, Londres 1591, « translated out of French » — les seize noms latins et la structure des chapitres.
- Emilie Savage-Smith et Marion B. Smith, Islamic Geomancy and a Thirteenth-Century Divinatory Device (Undena, 1980) — l'instrument de Mossoul, British Museum 1888.5-26.1.
- Bernard Carra de Vaux, « La géomancie chez les Arabes », dans Paul Tannery, Le Rabolion (Mémoires scientifiques IV, 1920) — les manuscrits de Paris et de Berlin, et les plus anciens noms latins.
- Ibn Khaldūn, Muqaddima I §6, traduction Franz Rosenthal — les seize maisons, et son propre réquisitoire contre l'art.
Comment cela se lit
Balayez le sable
Le tableau du jour est sous le sable. Passez-y un doigt et les figures montent une à une ; les quatre Mères sont à droite, là où commence la lecture. Un bouton dégage toute la surface d'un coup pour qui préfère ne pas balayer.
Lisez le Juge avant son nom
Le Juge siège au pied du tableau. Son nom est retenu, et tout ce qui le nommerait avec lui — sa nature, son élément, sa planète — de sorte que vous n'avez que quatre rangs de points et la question du jour.
Donnez-lui un mot
5 mots vous sont proposés, et l'un d'eux est votre jugement. Aucun ne nomme une figure : choisir est donc lire, et non se souvenir. Vous pouvez changer de mot tant que le jour est scellé.
Attendez le dévoilement
À 12:00, dans votre propre fuseau, le jugement du praticien s'ouvre à côté du vôtre : le Juge nommé, sa provenance, et la lecture de cette figure dans la maison de la question. Les seize noms paraissent avec lui, et vous voyez quel mot les autres lecteurs ont choisi.
Frappez le vôtre
Choisissez votre question et tracez seize lignes du doigt, sans les compter. Les Mères montent de ce que votre main a fait, le tableau en découle, et cette lecture est vôtre : personne ne la voit et personne ne la juge.
Deux limites que l'art garde. La sixième maison est celle des forces vives et de la charge, et ne se lit jamais en médecine ; la septième est celle du mariage et des rivaux déclarés, et aucune figure n'y déplace la volonté d'autrui.
Ce que le lecteur garde
Le jugement du jour vaut 3 XP sur votre chemin, une fois par jour. Changer de mot avant le dévoilement ne le gagne pas deux fois, et frapper votre propre tableau ne rapporte rien : celui-là est à vous, ce n'est pas une tâche.
Chaque Juge rencontré entre au Registre des signes et y revient à son jour pour être répondu. C'est dans ce retour qu'une lecture se règle vraiment, et la trame des signes répondus est le seul compte que tienne cette maison.


