Un savoir qui éclaire — des mots qui demeurent

Seize figures de géomancie : ce qui revient, ce qui s'ouvre

Seize figures de géomancie : ce qui revient, ce qui s'ouvre

Quatre rangs de points, simples ou doubles, font seize figures ; au pied du tableau, le Juge répond à la question posée au sable.

La même colonne de points revient, et votre regard s'y arrête. La forme reconnue vous retient, ou la place qu'elle occupe cette fois, ou la question qu'elle réveille.

C'est par ce détail qu'on entre dans la géomancie, la science du sable, ʿilm al-raml. Seize figures en forment tout l'alphabet, chacune faite de quatre rangs de points simples ou doubles.

Les listes de noms et de sens abondent, et leurs réponses rapides laissent croire que reconnaître un dessin suffit à connaître son message. Une figure se lit pourtant dans sa maison, face à une question, au sein d'un tableau entier dont le Juge, qui siège à son pied, donne la réponse.

Le type, l'occurrence, la place

Trois mots évitent bien des confusions. Le type est l'arrangement reconnaissable : quatre rangs, chacun simple ou double, dans un ordre donné. L'occurrence est une apparition de cet arrangement dans un tableau. La place est la maison où il tombe.

Un mot peut revenir deux fois dans la même phrase sans que le dictionnaire gagne une entrée : il garde sa forme, et son voisinage change sa fonction. Une figure fait de même. Elle revient, et chaque place lui donne une phrase nouvelle.

Quand une figure revient

Le géomancien suit alors les places de la figure : elle relie les maisons où elle tombe, et la question dit laquelle porte l'affaire. Le sentiment que ce retour éveille en vous compte aussi ; il entre dans la lecture à côté de la règle du tableau, et chacun garde sa place.

Un tableau n'aligne d'ailleurs pas les seize types une fois chacun : des figures reviennent, d'autres manquent. Le nombre des types possibles décrit l'alphabet, et chaque tableau n'en montre qu'une partie.

Pourquoi seize figures

Les seize figures du sable en points sombres, chacune dans sa case d'une feuille de parchemin, quatre rangées de quatre, avec un globe et une boussole aux coins.

Chaque rang admet deux états, un point ou deux points, et les rangs sont quatre, dans un ordre fixe : 2 × 2 × 2 × 2, soit seize. L'article « Remil » qu'İlyas Çelebi a signé dans la TDV İslâm Ansiklopedisi décrit cette notation par points simples et doubles, et le manuscrit Arabe 2631 de la Bibliothèque nationale de France s'ouvre sur le tableau des seize figures tirées de quatre lignes de points.

On frappe seize lignes de points dans le sable, sans les compter. Chaque ligne, lue paire ou impaire, donne un point double ou un point simple, et quatre lignes font une figure. Les quatre premières figures sont les Mères ; les Filles, les Nièces, les deux Témoins et le Juge en découlent par des règles fixes.

L'ordre compte plus que le total

Une figure dont le premier rang est simple et les trois autres doubles compte sept points. Une figure dont le dernier rang est simple et les trois autres doubles en compte sept aussi. Ce sont pourtant deux figures, la Joie (Lahyân) et la Tristesse (Nakîs) : le point simple a changé de rang, et la montée est devenue descente.

Additionner les points effacerait donc l'essentiel. Une figure est une quantité distribuée, et une description fidèle garde l'ordre des rangs, du haut vers le bas.

Les seize figures du sable

Les seize figures portent chacune un nom français et un nom arabe, une nature et une lecture, les mêmes que dans le rituel Al-Raml de Luxarion. Les quatre rangs se lisent du haut vers le bas. Une figure favorable incline l'affaire au bien où qu'elle tombe ; une figure défavorable l'alourdit ou la retient ; une figure mêlée prend le caractère des figures parmi lesquelles elle tombe.

FigureLes quatre rangsNatureLecture
La Voie · al-Tarîq●
●
●
●
MêléeLa route ouverte : ce qui passe, ce qui bouge, ce qui ne demeure pas.
Le Peuple · al-Jamâʿa● ●
● ●
● ●
● ●
MêléeL'assemblée : le grand nombre, la compagnie, l'eau calme qui rend ce qu'on y jette.
La Fortune Majeure · al-Nusra al-Dâkhila● ●
● ●
●
●
FavorableLe secours qui vient du dedans : la forteresse, la fin heureuse après l'effort.
La Fortune Mineure · al-Nusra al-Khârija●
●
● ●
● ●
FavorableLe secours qui vient du dehors : rapide, brillant, prêté, et qui ne s'attarde pas.
Le Gain · Qabd al-Dâkhil● ●
●
● ●
●
FavorableLa prise au-dedans : le gain, ce qui arrive, le vase qui se remplit.
La Perte · Qabd al-Khârij●
● ●
●
● ●
DéfavorableLa prise au-dehors : la perte, ce qui s'en va, le vase qui se vide.
La Joie · Lahyân●
● ●
● ●
● ●
FavorableLa joie : la montée, la bonne nouvelle, la vigueur, la flamme qui s'élève.
La Tristesse · Nakîs● ●
● ●
● ●
●
DéfavorableLa tristesse : la descente, le poids, la racine, le pieu enfoncé qui tient.
Le Jeune Garçon · Jawdala●
●
● ●
●
FavorableLe jeune homme : l'audace, la hâte, l'étincelle, la force sans patience.
La Jeune Fille · Naqî al-Khadd●
● ●
●
●
FavorableLa jeune fille : la grâce, l'harmonie, l'accueil, la beauté qui apaise.
Le Blanc · Bayâd● ●
● ●
●
● ●
FavorableLe blanc : la clarté, la paix, le conseil, la coupe posée et immobile.
Le Rouge · Humra● ●
●
● ●
● ●
DéfavorableLe rouge : la passion, le trouble, la coupe renversée, le sang qui monte.
La Prison · ʿUqla●
● ●
● ●
●
DéfavorableLe nœud : l'enfermement, la chose liée, l'anneau, la patience.
La Conjonction · Ijtimâʿ● ●
●
●
● ●
FavorableLa rencontre : l'union, le carrefour, le retour de ce qui était perdu.
La Tête du Dragon · al-ʿAtaba al-Dâkhila● ●
●
●
●
FavorableLe seuil que l'on franchit en entrant : le commencement, la porte ouverte.
La Queue du Dragon · al-ʿAtaba al-Khârija●
●
●
● ●
DéfavorableLe seuil que l'on franchit en sortant : la fin, la porte qui se referme.

Trois contrastes pour entendre cette langue

Deux grappes de points en miroir se rejoignent sur une ligne d'horizon dorée tracée sur parchemin, une pleine lune au-dessus et un croissant au-dessous.

La Voie (al-Tarîq) et le Peuple (al-Jamâʿa) occupent les deux extrêmes du dessin : quatre points simples d'un côté, quatre points doubles de l'autre. La Voie est la route ouverte, ce qui passe et ne demeure pas ; le Peuple est l'assemblée, le grand nombre, l'eau calme qui rend ce qu'on y jette. Les deux figures sont mêlées et prennent la couleur des figures qui les entourent. Le mouvement et la compagnie entrent ainsi par deux dessins opposés.

Le Gain (Qabd al-Dâkhil) et la Perte (Qabd al-Khârij) inversent chaque rang. L'un est la prise au-dedans, le vase qui se remplit ; l'autre la prise au-dehors, le vase qui se vide. La Perte sert pourtant la délivrance : mauvaise pour ce qu'on veut garder, elle ouvre la porte à ce dont on veut se défaire. Le nom prend son sens avec ce que la question demande de recevoir ou de quitter.

La Tête du Dragon (al-ʿAtaba al-Dâkhila) et la Queue du Dragon (al-ʿAtaba al-Khârija) sont les deux seuils. La première est le seuil qu'on franchit en entrant, le commencement, la porte ouverte. La seconde est le seuil qu'on franchit en sortant, la fin, la porte qui se referme : bonne pour ce qu'on veut quitter, mauvaise pour ce qu'on voulait fonder. La question dit lequel des deux seuils vous concerne, le lien dans lequel vous entrez ou l'engagement qui arrive à son terme.

Aucune figure ne parle seule. Sa maison, ses voisines, les deux Témoins et le Juge lui donnent sa phrase : les figures sont l'alphabet, leurs relations en font la grammaire.

Le sable sur la page et dans le laiton

À la lueur d'une lampe, un instrument en laiton à aiguille au-dessus d'un cadran percé, une coupelle de sable et un parchemin couvert de rangées de points, parmi de vieux livres et une sphère armillaire.

Au British Museum, un instrument de géomancie en laiton, inventorié sous le numéro 1888,0526.1, est daté de 639 de l'hégire, soit 1241-1242. Il est signé Muhammad ibn Khutlukh al-Mawsili, un artisan de Mossoul, comme le dit son nom. Ses cadrans font apparaître les figures mécaniquement : l'alphabet du sable y prend un corps de métal.

À la British Library, le manuscrit Harley 4166, un volume composite, réunit des parties copiées aux XIVe et XVe siècles ; les premières portent des textes de géomancie, avec des figures et des écus tracés à l'encre brune dans les marges et dans des tableaux. Sur la page, le dessin accompagne le texte.

La Bibliothèque nationale de France garde deux autres témoins, l'un turc, l'autre arabe. Dans le Supplément turc 242, le feuillet 131v du Matâli' al-Sa'âdet de Mehmed al-Su'udi, enluminé à Istanbul en 1582 par l'artiste Osmân, a pour sujet « Géomancie : demeure de Salomon ». Le manuscrit Arabe 2631, copié au XVIIIe siècle, donne dans son titre la science du sable au prophète Idris, comme le fait la tradition.

Le laiton, le recueil, l'image ottomane et le manuscrit arabe donnent quatre corps à une même langue de points.

La question avant la figure

Un plateau de bois rempli de sable fin, marqué de quatre rangs, un point, deux, un, deux, près d'une boussole et d'un parchemin couvert de figures de points.

Tout commence au moment où vous posez la question. Une question paraît courte parce qu'on l'a comprimée : « Dois-je partir ? » contient le travail, la loyauté, la fatigue, le désir, la peur de regretter.

Le sable se lit sur quatre plans, dans cet ordre, et c'est sa discipline. D'abord le dessin, ce qui est tombé, avant toute interprétation. Ensuite la place et la question : la maison où la figure tombe, et ce que l'on demande. Puis la lecture de la tradition, qui donne à la figure sa parole dans cette maison. Enfin la décision, qui revient à la personne qui vit l'affaire.

Tenus à part, ces quatre plans changent le rythme d'une lecture : on ne saute plus d'un point tracé à une sentence. Une forme familière appelle alors une réponse neuve. Vous avez déjà rencontré cette attente, ce désir, cette hésitation, et votre place a changé ; la figure qui revient montre ce déplacement, la relation qui s'est éclaircie, le choix devenu possible.

Chaque jour, le rituel Al-Raml de Luxarion met cette discipline à l'œuvre. À l'aube, un tableau est frappé pour tous, et une question du jour se tient au-dessus. Vous lisez le Juge avant qu'on vous dise son nom et vous lui donnez votre jugement ; à midi, le jugement du praticien s'ouvre à côté du vôtre. Vous pouvez aussi frapper vos propres seize lignes, pour votre propre question : ce tableau-là n'appartient qu'à vous.

Une invitation de plusieurs semaines

Une personne est invitée à passer plusieurs semaines chez un proche ; l'exemple est inventé. Elle demande : « Est-ce une bonne idée ? » En précisant la situation, elle découvre que son hésitation porte sur l'espace à soi qui lui manquera là-bas.

Posée en bloc, la question mêlait plusieurs affaires. Une réponse favorable lui ferait oublier la limite qu'elle pressent ; une réponse difficile lui ferait refuser tout lien. Elle reformule : « Quelle limite dois-je rendre visible avant d'accepter ? » La question garde la dimension spirituelle de l'engagement, et elle ouvre une conversation concrète sur la durée du séjour, les moments de solitude et les attentes de chacun.

Le sable répond à la question telle qu'on la pose : c'est pourquoi elle se prépare. L'article sur le pendule montre la même exigence devant un autre instrument.

Questions fréquentes

Pourquoi seize figures, et pas davantage ?

Quatre rangs, deux états pour chacun : seize arrangements, et pas un de plus.

Une figure répétée est-elle une nouvelle figure ?

Non. C'est une nouvelle occurrence d'un type existant ; la répétition ne crée pas de dix-septième figure.

Le total des points suffit-il à reconnaître la figure ?

Non. La Joie et la Tristesse comptent chacune sept points ; l'ordre des rangs les distingue.

Pourquoi le nom d'Idris ?

La tradition nomme le prophète Idris comme le premier à avoir frappé le sable. Le manuscrit Arabe 2631 de Paris porte cette attribution dans son titre.

La précision du système rend-elle le résultat certain ?

Le Juge répond à la question telle qu'elle se pose le jour où on la pose. Le chemin qu'il montre bouge avec la décision, la prière et le décret de Dieu ; l'article sur le destin et le choix reprend cette question.

Luxarion propose-t-il la géomancie ?

Oui, avec le rituel Al-Raml : un tableau frappé chaque aube pour tous sous la question du jour, un Juge à lire avant le jugement du praticien, qui s'ouvre à midi, et vos propres seize lignes pour votre propre question. Le guide du rituel montre comment le sable se lit.

Seize lignes pour votre question

Reconnaître une figure est un premier plaisir ; savoir ce que vous lui demandez de porter est le vrai travail. Dans Al-Raml, vous frappez seize lignes pour votre question, les Mères se lèvent de ce que votre main a tracé, et le tableau en découle jusqu'au Juge.

Seize lignes, sans les compter : la main trace, le Juge répond, et la question reste la vôtre.

#Spiritualité

Mis à jour 26 septembre 2026 · 52 vues

La bibliothèque enseigne le métier. Une lecture l'applique à vous.

Recevoir votre lecture personnelle